Délit de fuite: cinéma clandestin

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Mon ami Alexander m’avait parlé d’un groupe d’individus organisant des événements pouvant m’intéresser. Il s’agissait de s’inscrire à une mailing-liste et d’attendre une invitation pour une séance de cinéma clandestin. Celle-ci ne tarda guère, et était entourée d’un grand mystère.
Tout d’abord, il était rappelé aux participants de ne pas diffuser ce message ni le nom du groupe, où que ce soit sur Internet, et de rester le plus discret possible. Ensuite, un rendez-vous était donné, un soir à 21h, à la sortie d’un arrêt de métro. Il s’agirait ensuite de suivre des flèches inscrites à la craie au sol, là encore sans attirer l’attention, et en se dépêchant, car il faudra alors parcourir un kilomètre et une demi-heure plus tard les flèches seront effacées pour brouiller les pistes. Tout ceci nous mènera dans un cinéma clandestin où un film sera projeté.

Je m’y rends avec un couple d’amis. A l’heure dite et dans ce quartier normalement peu fréquenté, une foule dense s’amasse aux abords de la station. Il est 21h15 seulement quand un mouvement s’initie, et pour cause, les premières flèches viennent seulement d’être crayonnées. Il y a une bonne centaine de personnes et nous croisons plusieurs voitures de police qui ne sont sans doute pas là par hasard. Nous longeons un cours d’eau via des chemins forestiers non accessibles en voiture, les organisateurs nous font presser pour ne pas nous faire repérer. Finalement, alors qu’une voiture de police nous attend à la sortie du chemin, plusieurs personnes commencent à descendre une pente à travers bois pour se rapprocher de la rive et continuer dans la même direction, mais à travers bois et dans une telle obscurité que les policiers, quelques mètres au-dessus, ne peuvent nous voir. C’est bon, même si nous sommes très nombreux, on les a semé! Le reste du groupe suit, on continue de marcher un bon moment puis on remonte la pente très escarpée dans l’obscurité. Nous sommes enfin arrivés!

HitNRun

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Chacun paye son entrée 5 euros et peut pénétrer dans une immense usine désaffectée. Des bougies sont disposées au pied des structures métalliques, un tissu tendu fait remplace l’écran de projection et dans un coin, une table éclairée d’une lumière rouge fait office de bar, où des bières et jus de fruit sont à disposition. L’arrivée de tout le monde prend un peu de temps, puis, avant que le film ne débute, un jeune homme joue du violon devant l’écran. C’est un peu inattendu dans cet endroit mais l’acoustique est bonne, ce n’est pas désagréable. Et enfin le film commence, c’est «Tout va bien» de Jean-Luc Godard (Alles in Butter en allemand). Il relate la prise d’otage d’un chef d’entreprise par ses employés au moment des événements de mai 1968 en France. Et l’action se situe principalement dans l’usine. On imagine avec peine que l’usine dans laquelle nous nous trouvons et dans laquelle le film est projeté ait pu connaître une aussi intense activité à son époque, et pourtant…!

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Le film étant en version originale française sous-titrée, j’ai particulièrement apprécié. Les sous-titres étant quasiment illisibles, cachés par les têtes d’autres spectateurs, ça devait donc ne pas être évident pour qui ne comprends pas le français.

Une fois la projection finie, chacun sort comme il peut et se disperse dans la rue. Il est minuit et les nuits sont encore bien fraîches, je me dépêche de rentrer, bien content de cette découverte!

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