Funeste station balnéaire

Je fais pour une fois exception à la règle en vous parlant d’un lieu abandonné qui ne se trouve pas à Berlin. J’étais partie sur l’île de Rügen situé au Nord de l’Allemagne, non pas dans l’optique d’explorations illégales mais simplement pour bronzer gentiment sur la plage. Mais je suis tombée sur une station balnéaire abandonnée.

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L’une de mes amies m’avait bien parlé de vagues édifices abandonnés mais lorsque nous fîmes faces au long serpent gris bétonné dissimulé derrière les arbres de la baie, je dois avouer que je fus impressionnée.

Heureusement caché de la plage par une bande de végétation, le bâtiment s’allonge sur environ 4 km. Ce prototype d’ HLM sans fin qui borde la côte est une station balnéaire conçue par les nazis jamais terminée et qui n’accueillit aucun vacancier.

station-balneaire-proraL’organisation nazie KdF était une sorte d’agence de voyages géante qui encadrait les loisirs du peuple. C’est elle qui fut à l’origine du projet de station balnéaire à Prora qui devaient accueillir 20 000 vacanciers ! Sous couvert de proposer des vacances à moindre coût aux ouvriers, la volonté de l’organisation KdF était de rallier le peuple à leur idéologie et de les préparer à la guerre.

Au printemps 1936 la première pierre est posée. Mais la guerre stoppe les travaux et les parties déjà aménagées accueillent un hôpital militaire. Prévoyant, Hitler avait demandé dès 1936 que le site de Prora puisse être utilisé à des fins militaires. Des prisonniers de guerre sont forcés de travailler à la reprise de la construction des immeubles et vivent dans des conditions épouvantables. A partir de 1943 les allemands sinistrés par les bombardements occupent aussi les lieux.

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Au temps de la RDA Prora est un site militaire. Depuis la chute du mur, les bâtiments sont de nouveaux accessibles mais que faire de ces blocs gris au si lourd passé ? Il y a certes un intérêt historique non négligeable puisque c’est l’un des rares témoignages architecturaux de l’époque nazie. Mais la réhabilitation de cet ensemble sera longue et coûteuse. En attendant, une auberge de jeunesse s’est installée dans ses murs ainsi qu’une salle d’exposition, un café et un centre de documentation.

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Malgré l’ampleur de la construction il nous a paru presque impossible d’y trouver une entrée. Les ouvertures sont condamnées jusqu’au premier étage au minimum. Nous avons longés plusieurs kilomètre avant de trouver par chance un accès. Tout comme les différentes ailes du bâtiment qui sont identiques, la structure et l’aménagement intérieurs sont rigoureusement reproduits à l’infini à chaque étage.

Sur le palier à gauche se trouve une petite pièce puis deux autres qui devaient être des salles de bain et de douche. A droite un couloir perpendiculaire ouvre sur des pièces qui destinaient à être les chambres. Les extrémités du couloir sont condamnées mais on peut imaginer qu’il reliait peut être d’un bout à l’autre les ailes du bâtiment. Il n’y a quasiment plus de mobilier, certainement parce que les lieux n’ont jamais vraiment été habités et aménagés. Nous avons juste croisé une baignoire !

Après cette visite non officielle nous sommes allées au centre de documentation de Prora qui se trouve aussi dans l’ensemble. Riche d’informations et bien pensé, je vous conseille d’y jeter un œil pour mieux comprendre le sens de cette monstrueuse structure signifie.

Pour découvrir d’autres lieux abandonnés je vous conseille le livre de Arno Specht : Geisterstätten

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