Le marché asiatique de l’Est

J’en avais entendu parler depuis un moment, et je me suis ENFIN rendu au marché asiatique de Lichtenberg. Étant un habitué du supermarché des frères Tang dans le quartier chinois de Paris, je m’étonnais du faible pourcentage de personnes asiatiques que l’on croise dans Berlin. Alors, lorsque j’entendis parler de ce marché, j’avais hâte de m’y rendre.

S’y rendre est déjà un peu exotique en soi: le marché en question est situé au milieu de rien, en plein Lichtenberg, à l’Est, le quartier le plus marqué par la DDR. Je m’y rends en tram et descends à un arrêt situé face à des champs, des terrains vagues et une sorte de zone industrielle. Je passe le portail, et face à moi se trouvent une demi-douzaine de grands hangars pas très avenants, précédé d’un grand parking.

Détail amusant, les panneaux publicitaires et autres indications ne sont pas rédigés en allemand, mais vraisemblablement en vietnamien, bien qu’utilisant des caractères latins. Il semble qu’il s’agisse du Quốc ngữ, une romanisation de la langue vietnamienne. Je remarque également un guichet de la VietinBank, une banque vietnamienne que je n’ai jamais vue auparavant dans Berlin.

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Chaque hangar se compose de façon très rudimentaire d’un grand couloir central, pas de fenêtres, des néons et de part et d’autres du couloir, des locaux de différentes dimensions, séparés par des cloisons de plâtres. Il y règne une odeur partagée entre la nourriture et le colle à ongles. Il y a quelques restaurants ou magasins de nourriture asiatique, aux extrémités des hangars, et au milieu des magasins difficiles à qualifier: On y trouve plein de cochonneries en plastiques, des outils, des gadgets de technologie, des vêtements et accessoires de mode, des meubles ou accessoires de salon de beauté (spécifiquement de la pose de faux ongles), des marchands de fausses fleurs… Tout est dans l’ensemble assez cheap et kitsch. L’ambiance est somme toute assez glauque, et les articles exposés en hauteur dans le couloir sont recouverts de poussière…

P1090523Je déjeune dans l’un des restaurants situés au bout d’un des hangars, la carte n’est que partiellement traduite en allemand, donc difficile de choisir et je trouve que les prix sont étonnamment un peu plus chers que dans le centre de Berlin. J’opte pour des nouilles sautées aux légumes et au tofu et au moins je ne suis pas déçu: c’est très très bon, délicieusement parfumé et fort copieux!

Mon ami Alexander et moi-même parcourons ensuite les nombreux magasins et démarrons très vite un petit concours entre nous: qui arrivera à trouver l’objet le plus kitsch? Entre mini statuettes en plâtre, poster de chaton en 3D, lunettes en forme de dollars qui clignotent dans le noir, fleurs en plastiques aux couleurs très artificielles, ou abattants de toilettes à motif sexy, difficile de savoir! Il y a de quoi s’occuper pendant des heures en tout cas.

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On est en revanche un peu déçus par les magasins d’alimentation: comme souvent lorsque je me rends dans un marché asiatique, je n’arrive pas à identifier la plupart des produits, mais pour ceux que je connais, les prix ne sont pas particulièrement moins chers. Pour acheter de quoi faire des sushis ou encore des nouilles sautés, c’est à peu près aussi intéressant que dans les supermarchés du centre de Berlin…

En outre, la propreté relative de l’endroit fait un peu douter sur la qualité de certains produits. J’ai été horrifié par exemple, des bassins contenant des poissons vivants, lesquels sont entassés au maximum et peuvent à peine se mouvoir dans l’eau, et sont tués à même le sol juste devant les bassins, c’est-à-dire juste devant les clients également…

 

Alexander m’explique la raison du regroupement de cette population à cet endroit. Lorsque le mur de Berlin était en place, le quartier de l’ex-RDA de Lichtenberg était à dominance ouvrière, et nécessitait beaucoup de main d’œuvre. Le parti au pouvoir a donc proposé aux pays alliés (dont les pays asiatiques) d’envoyer un certain nombre d’ouvriers en Allemagne, où les conditions de vie et salariales devaient être plus attrayantes. C’est ainsi qu’un certain nombre d’ouvriers asiatiques se sont retrouvés et regroupés en communautés à Lichtenberg, où vivent encore aujourd’hui les enfants ou petits-enfants de ces exilés.

Comme je suis quelqu’un d’assez sceptique et un chouïa paranoïaque, j’ai tout de même trouvé étrange que des magasins de parfois 100 m² puissent survivre en ne vendant que des gadgets en plastiques pour quelques euros, et que le parking puisse receler autant de grosses cylindrées aux vitres fumées… Ajoutons à cela l’interdiction de prendre des photos dans pas mal de magasins…

Pour la petite anecdote, à côté du portail d’entrée du domaine et donc  face à l’arrêt de tram se trouve un bâtiment abandonné aux fenêtres condamnées. Il s’agit de l’ancienne Maison de la culture du quartier. Cet endroit a cependant connu des heures plus glorieuses: un concert y fut donné par le groupe Punk de L’Ouest Enstürzende Neubauten, à la date symbolique du 21 décembre 1989, soit six semaines après la chute du mur. Y assistèrent Heiner Müller, écrivain de l’Est, et… Jack Lang, alors ministre de la culture en France!

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Bon allez, en bonus, vous préférez quoi, le survêtement intégral rose pour femme enceinte, ou la toile cirée faux paysage avec incrustation de mignons animaux? Entre les deux mon cœur balance!

Une Réponse à “Le marché asiatique de l’Est”

  1. Chemla

    Votre observation de cet endroit est tout à fait cela, j,y ai été la semaine dernière et on a eu l,impression de changer de dimension , les longs couloirs sans fenêtres sont presque désorientant . En effet les magasins d,alimentation sont un peu louche côté hygiène , nous étions avec des copains chinois qui ont eu la même impression

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