Portes ouvertes à l’ambassade d’Irak

Crédit photo: Chrismo

En tant que capitale de la RDA, Berlin continua d’accueillir des ambassades même après la guerre. Que sont devenus ces bâtiments officiels ? La plupart des pays ont transféré leur ambassade de Bonn (capitale de la RFA) dans leurs locaux de Berlin. Ce ne fut pas le cas pour l’ambassade d’Irak qui fut laissée à l’abandon et gît maintenant à la merci des chasseurs de souvenirs.
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Irak et RDA, les liaisons dangereuses

Perdu au milieu d’une zone pavillonnaire de Pankow se dresse une construction typique de l’architecture soviétique des années 70 avec ses formes carrées et ses murs en dalles préfabriquées. Il s’agit de l’ancienne ambassade d’Irak en RDA. Les deux pays avaient des relations privilégiées puisque l’Irak fut le premier pays non communiste officiellement reconnu par la RDA. Le président allemand de l’époque, Erich Honecker, fut d’ailleurs invité à Bagdad par Saddam Hussein. La RDA était un pied à terre confortable pour le régime irakien qui pouvaient s’instruire sur les technologies et techniques allemandes tout en ayant un accès direct vers l’Europe de l’Ouest via Checkpoint Charlie. Deux irakiens proches du premier secrétaire de l’Ambassade furent arrêtés en 1980 à Berlin Ouest en possession d’explosifs. Ils ne furent finalement pas inquiétés pour ce qui semblait néanmoins être la préparation d’un attentat !

Visite non officielle

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Mais revenons-en à notre ambassade endormie au milieu de son jardin boisé. A l’intérieur du bâtiment le chaos. L’ambassade aurait-elle été victime d’un attentat ? Non, les murs noircis sont le résultat d’un incendie survenu quelques mois après l’abandon de l’édifice. Quant aux documents qui tapissent le sol, ils sont le signe du départ précipité des occupants. La raison de l’abandon du bâtiment en janvier 1991 n’est pas claire. Le personnel aurait été rappelé à cause de la guerre en Irak.

Le bâtiment est composé de deux étages et d’un sous-sol. On y trouve principalement des bureaux. Ils sont encore équipés d’étagères remplies de classeurs, de tables de travail enfouies sous des liasses de papiers, de chaises, de fauteuils et de canapés aux sièges éculés. Au sous-sol se trouve la salle des machines et des chambres dans lesquelles sont restés des magazines des années 80.

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Trésors insolites

Il est rare de trouver autant de vestiges 20 ans après l’abandon d’un tel bâtiment. Parmi les trésors préservés on découvre notamment une photocopieuse et des machines à écrire, à compter, à coder, à espionner (?)… Epoque RDA certifiée !

Ceux qui parlent arabe pourraient passer des années à déchiffrer les innombrables papiers, dossiers, journaux et ouvrages qui jonchent le sol. Ils y découvriraient peut être des secrets d’Etat. Car bien que ces documents appartiennent à une ambassade et soient à priori privés et confidentiels ils sont à la portée de tous.

L’insolite, qu’il soit naturel ou l’œuvre des visiteurs, est omniprésent dans ce bâtiment. Les bureaux se sont déplacés sur les balcons et prennent des bains de soleil, une chaise se languit seule dans la salle des machines, un tube de dentifrice tient tête à une machine à laver, des couvercles de casseroles séparés de leur socle tiennent un meeting au fond d’une pièce sombre, un poème s’étale en lettres blanches sur des fenêtres… Nous découvrons par hasard une coupure de journal concernant la rencontre dans les années 80 de Kadhafi avec des dirigeants russes. Etrange actualité !

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Promis à l’abandon

Siège de la diplomatie irakienne en RDA mais ayant certainement abrité des armes, l’ambassade fut aussi le théâtre de fêtes nocturnes et servit de décor pour le tournage d’un clip du DJ Nexus. Aujourd’hui, l’avenir de cet édifice est incertain. Le terrain appartient à l’Allemagne mais l’Irak considère qu’elle garde un droit d’usage illimité sur cette propriété. En attendant que l’on s’intéresse à son cas l’ancienne ambassade représente le paradis pour les amateurs de mobilier des années 80 et inspire les photographes.

5 Réponses à “Portes ouvertes à l’ambassade d’Irak”

  1. Hiroko

    Suite à ton très bon, j’ai décidé de m’y rendre hier.
    La première chose qui m’a frappée est l’emplacement de ce lieu : en zone résidentielle, face à des bureaux. Tranquillement, le passé se repose.
    J’y ai passé 3 bonnes heures, mitraillé les lieux de plus de 200 coups de clics et suis restée fascinée par la quantité de vestiges d’une époque. On ressent très fort l’histoire et la politique, les papiers, classeurs, lettres soufflant en silence leurs secrets.
    Il faisait un temps superbe et le toit a été l’endroit idéal pour achever cette visite !

  2. Cécile

    …. surprenant. Mais ce qui m’étonne encore plus, c’est qu’aucun historien ou organisme quel qu’il soit, n’est pris d’assaut ce lieu qui à en croire ton article recèle de bijoux historiques… quel dommage qu’il ne puisse nous permettre de mieux comprendre cette époque. Bravo pour cet article Elo!

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