Un week-end à Leipzig

Coupe du monde de football. La France a perdu contre l’Allemagne. Nous avons dû suivre de force et en allemand le déroulement de notre défaite. Comment ? Pourquoi ? Parce que nous étions dans un bus en direction de Leipzig à ce moment là, et que le conducteur, après un bref référendum biaisé auprès des passagers, avait décidé arbitrairement de mettre la radio avec les commentaires footeux. Moi qui imaginais que voyager au moment de ce match était le meilleur moyen d’y échapper…

Bref nous posions le pied à Leipzig au moment où retentissait le coup de sifflet final. Nous marchions vaincus au milieu de la ville mais à notre grande surprise il n’y régnait pas une ambiance démentielle de supporters enivrés par la victoire. Non les gens se promenaient paisiblement en amoureux, en famille et entre amis. Ils profitaient de cette soirée estivale.

streetart Lechaises

Sitôt nos valises déposées au Schlafgut un hôtel pas cher, central, propre et agréable nous allions nous balader dans la ville. Le centre était égayé de plusieurs beaux bâtiments anciens. Nous passâmes devant l’église qui rassembla des milliers de manifestants en 1989. Des manifestations lancée par un prêtre et auxquelles participèrent des milliers d’habitants de Leipzig. Ces rassemblements qui ne furent pas réprimées par les autorités de RDA bien qu’elles n’étaient pas autorisées. Ce sera le début du grand soulèvement populaire qui précédera la chute du mur.

Les petites rues piétonnes du centre-ville disparaissent presque sous les terrasses des restaurants à touristes qui s’enchaînent. Nous finissons pas nous assoire à une table où l’on nous sert d’étranges pâtes noires, c’est pas fameux…

Puis nous partons en direction de la Karl-Liebknecht-Str. une rue animée dans le quartier étudiant. Les bars et les imbiss se succèdent. C’est ici que nous aurions dû manger ! Entre temps un deuxième match se déroule sur les grands écrans placés à l’extérieur, attirant une foule jeune et bavarde. Nous nous asseyons à la terrasse du Hotel Seeblick un bar restaurant qui sert… du pastis et qui contrairement à son nom ne fait pas hôtel !
Pour le retour nous nous amusons à prendre des chemins détournés et parallèles à la Karl-Liebknecht-Str.

Le lendemain nous hésitons à louer un vélo et partons finalement à pied. Erreur fatale vu notre programme de la journée.

Première étape le marché aux puces organisés dans une ancienne usine d’alimentation et de production de conserves. Le Feinkostgenossenschaft est un centre culturel et artistique où sont organisés de multiples événements tels que spectacles, séances de cinéma et marché aux puces. Il est de taille modeste mais il y a de quoi faire des affaires. Je craque pour un canapé à 80 euros mais ce sera difficile de le transporter dans le bus.

Nous sortons du centre-ville pour nous rendre au spectaculaire monument de la bataille des Nations, étrange pyramide maya qui commémore la victoire prussienne sur Napoléon 1er. En chemin nous traversons des zones industrielles plus ou moins en activité et nous faisons une pause bien méritée à la cafétéria d’une université qui dispose d’une jolie cour intérieure. Prix imbattables.

Leuni Lemémorial

Pour rallier notre destination suivante nous décidons d’être raisonnables et prenons le bus qui nous dépose à une centaine de mètre d’un lac, le Lauer See. Nous mangeons un bout dans un café très bio très hip assez cher mais avec un agréable jardin, le Brot und Kees. Le lac est encore mieux que la plupart de ceux à Berlin car les plages sont vraiment aménagées avec du sable et généralement gratuites. Une baignade nous redonne des forces et nous repartons à pied vers le centre ville.

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Sur la carte, la balade semblait idyllique à travers la forêt. De fait nous suivons des chemins au milieu des masses arborées, des chemins plus ou moins goudronnés, plus ou moins fréquentés. Nous tentons de ne pas nous perdre et nous abritons sous des branches quand une averse traverse le paysage. La balade continue le long d’une rivière, ou plutôt d’un canal, qu’il est possible de parcourir en canoé Kayak.

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Arrivé dans le quartier de Lindenau le canal est divisé en de multiples branches qu’il est bien agréable de suivre, la plupart étant bordée de chemins piétonniers. Nous faisons un arrêt bien mérité dans le café et restaurant Stelzenhaus au bord de l’eau. Nous observons des enfants qui s’amusent sur un radeau fait à partir de palettes et des adultes qui sortent tant bien que mal de leur canoë en rigolant aux éclats. En cet après-midi de canicule ils n’ont pas dû s’hydrater qu’à l’eau minérale. Ils viennent s’ajouter à la population joyeuse et tranquille qui fréquente le café.

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Nous reprenons notre randonnée improvisée à travers Plagwitz, un quartier riche en usines reconverties et en street artistes qui étalent sur les murs gris leurs peintures colorées. Il y a notamment un espèce de marché aux puces avec des vêtements que l’on peut acheter ou échanger au choix. Les organisateurs nous indiquent qu’il y aura des concerts le soir même. Nous promettons de revenir.

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En attendant mon objectif est d’atteindre la Spinnerei, une immense usine de coton reconvertie en bureaux, cinémas, studios d’artistes, ateliers de réparation de vélo, librairies d’art… Une sorte de Kulturbraurei en plus grand et en moins sage. Dans le cinéma on passe le soir-même un documentaire sur le thème des lieux abandonnés à Leipzig, une ville idéale pour les fans d’Urbex. Nous prenons nos tickets et demandons à la caissière où l’ont peut manger dans le coin. Malheureusement il n y a pas grand-chose dans ce quartier un peu excentré, à part un restaurant au bord d’un canal, le Kanal 28. Parfait pour ce soir d’été. Nous marchons encore des kilomètres au bord de l’eau. Rien ne semble indiquer la présence d’un restaurant au bout du chemin sauvage. Nous allons abandonner quand nous parviennent enfin des bruits, des sons, des signes de vie. Nous y voilà, le sourire nous monte aux lèvres… et redescends aussitôt quand nous comprenons que ce soir là le lieu est privatisé pour un mariage. Nous demandons à deux jeunes garçons postés au bord de la rivière pour s’occuper des canoé Kayaks où l’on peut manger dans le coin. Ils nous indiquent le McDo. Effectivement un grand panneau surgit au-dessus des cimes. Affamés nous décidons de renoncer au repas gastronomique du samedi soir et d’aller à l’essentiel. Sauf que cela sera plus compliqué que prévu car il nous faut faire demi tour et un immense détour pour y arriver. Nous décidons de prendre un raccourci qui nous fait traverser un terrain vague, escalader une clôture et atterrir sur une voie rapide. Mais enfin, nous y voilà, dans le McDo de nos rêves situé en pleine zone industrielle.

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Bref on reprend des forces puis de nouveau notre marche forcenée jusqu’au cinéma. Le documentaire est en allemand et certaines personnes interviewées sont vraiment difficiles à comprendre. Toutefois c’est dans l’ensemble très intéressant puisque le reporter s’attache à raconter l’histoire de lieux abandonnés à travers plusieurs témoignages. Ceux qui ont vécu et travaillé dans ces lieux quand ils étaient encore en activité, ceux qui gardent ces infrastructures oubliées et ceux qui veulent les transformer et leur donner une nouvelle utilité. Pour accéder aux toilettes, une porte à gauche de l’écran donne sur de grandes coursives où des enfants surgis de nulle part s’amusent à se cacher et à se poursuive. Dehors un cinéma en plein air ne réunit que bien peu de monde, les températures ont chuté en quelques heures.

Nous retournons dans l’ancienne usine de charbon à la décoration typique du style squat berlinois. Le public est très simple et posé. On applaudit le groupe de rock qui vient de se produire. Derrière nous les habitués s’affrontent autour de la table de ping pong. Puis vient le tour du DJ électro… On n’entend pas grand-chose et le style est particulier, en tout cas pas à notre goût. Etant donné notre journée nous avons hâte de nous coucher. Nous marchons encore un certain temps dans les rues avant de nous résoudre à prendre un taxi… taxi qui va se perdre lui-même dans les rues du centre-ville. Autour de notre hôtel il y a de l’ambiance, des nuées de jeunes en transhumance entre les bars du quartier. Heureusement, de notre chambre on entend rien et l’on s’endort tout de suite.

La journée du lendemain est caniculaire, nous la passons sur un canoë kayak, à travers les canaux que nous avons pu observer la veille. Plusieurs restaurants et cafés ponctuent les canaux et il est possible de s’y arrêter. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée d’échapper à la chaleur près de l’eau et les canaux sont encombrés entre les canoës de tailles différentes et les bateaux à moteurs qui ne semblent pas se soucier des fragiles embarcations. Il y a aussi des gondoles à la vénitienne et des ragondins qui font la planche. Cette affluence nous force à maîtriser très vite notre canoë pour éviter les collisions.

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Après cette matinée sportive nous déjeunons dans un café bio et design, le bau bau, devant lequel se déroule un fashion market de blogueuses mode. Au programme, vente de vêtements et atelier confection de colliers de fleurs à poser dans les cheveux… Nous rencontrons enfin des hipsters !

Nous marchons encore dans des rues parallèles à la Karl-Liebneckt Str. puis terminons l’après-midi à la terrasse d’une boulangerie Café Maître qui propose de délicieuses pâtisseries.

Une Réponse à “Un week-end à Leipzig”

  1. Daniel Egloff

    Merci pour la p’tite “piqure de rappel” sur la ville dans laquelle j’ai passé la nuit de la réunification (2 au 3 octobre 1990) … avec les premiers débordements des néo-nazis. Mais j’aimerais juste préciser que la “clique” du SED (Honecker, Mielke et tutti quanti) s’excitaient à Berlin pour museler les manifestations du lundi soir à Leipzig. En octobre ils ont même envoyé la NVA (l’armée est-allemande). Si ces derniers (et les policiers) ne sont pas intervenus c’est grâce aux interventions diplomatiques mais fermes de Hans Modrow (maire de la ville) et Kurt Masur (le chef d’orchestre mondialement connu). Ils ont réussi à persuader les généraux sur place qu’ils porteraient dans l’Histoire l’infamie de la guerre civile qui ne manquerait pas de se déclencher si les soldats arrivaient en ville. Et les discussions ont porté leurs fruits. Les historiens pensent que c’est à ce moment que le régime du SED a perdu le contrôle sur la SBZ (sovietische Besatzungszone).

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