10 lieux berlinois mythiques qui ont disparu
Crédit photo : KDR

Dans cette ville qui ne cesse de se renouveler, on ne compte plus les lieux disparus qui avaient pourtant animé plusieurs mois ou plusieurs années la vie culturelle et festive de Berlin. La nostalgie n’a pas sa place dans la capitale allemande. Mais à l’occasion des 10 ans de Good Morning Berlin, j’ai décidé de refaire vivre ces lieux, mythiques et exceptionnels à mon sens,  que j’ai découverts et fréquentés durant ma première décennie berlinoise.

Vous trouverez ci-dessous les articles que j’avais rédigé sur ces lieux et les informations sur leur fermeture et les projets qui leur ont succédés.

1. Tacheles

Tacheles est un lieu connu de tous les Berlinois. C’est un bâtiment construit en 1909 et qui abrita successivement le grand magasin Passage, des bureaux AEG, le siège du front du Travail pendant la guerre puis un centre culturel au temps de la RDA. Quelques mois après la chute du mur, des squatters investirent l’édifice. Aujourd’hui les touristes gravissent les escaliers tagués à la douce odeur d’urine et visitent les ateliers d’artistes allemands, italiens, mexicains, tchèques…

Ces derniers payent un loyer symbolique à la HSH Nordbank, propriétaire des lieux. Mais la banque souhaite maintenant revendre le bâtiment. Bien que Tacheles soit devenu un lieu touristique, c’est un symbole du Berlin alternatif qui risque de disparaître.

Une manifestation a été organisée le 20 septembre 2010 dans les rues de Berlin, de Tacheles jusqu’au siège de la HSH Nordbank. A ma grande surprise, il y a avait à peine une centaine de personnes. Evidemment il était difficile de mobiliser les troupes en manifestant un lundi à 14h. Les Allemands sont moins bien organisés que les Français qui ont leur jeudi réservé pour ce genre d’événement.

Il y eut beaucoup plus de participants lors de la soirée de soutien à Tacheles samedi dernier. De nombreuses salles habituellement fermées étaient ouvertes. Il y avait de la musique à tous les étages et une faune diverse, du touriste à l’artiste peintre en passant par le Berlinois branché.

le Tacheles a fermé en septembre 2012. On a du mal à y croire car cela faisait des années que sa fermeture était annoncée. Elle aura finalement été plus rapide que l’ouverture du grand aéroport de Berlin… La banque propriétaire des lieux à vidé le bâtiment et l’a vendue. 

2. Club Kater Holzig

Berlin_Club_Kater Holzig_Bar25

Aux origines, le Bar25

L’ouverture du Kater Holzig en 2011 a suscité l’espoir auprès des adorateurs du Bar25. Vous ne connaissez par ce club berlinois mythique qui enflamma les soirées du bord de la Spree pendant 7 années? Vous devez être un nouveau venu à Berlin alors ! Plus qu’une boîte en plein air, c’était le lieu de vie d’une bande de fêtards créatifs qui exaucèrent dans cet espèce leurs rêves les plus fous : piscine, bain de boue, fêtes de confettis, feux d’artifice en dehors des périodes autorisées (le 31 décembre) mais aussi restaurant, représentations théâtrales, performances artistiques… Dans une ambiance exubérante les soirées étaient sans fin du vendredi au lundi. Déguisements plus que conseillés et entrées réservées à ceux qui prouvaient qu’ils avaient moins de 18 ans dans leur tête. Symbole de la lutte contre le projet MediaSpree et couveuse de djs de talent, le club ferma finalement ses portes à la fin de l’été 2010. Pour découvrir ce lieu de légende allez voir le film « Bar25, Tage ausserhalb der Zeit ».

Création du Kater

Mais revenons-en à notre Kater Holzig qui s’est établi juste en face, dans une ancienne fabrique de savon de l’autre coté de la Spree. Kater c’est la gueule de bois, alors si elle est en bois (Holzig) ça promet !

Le club a été créé par des anciens du Bar25, Christoph Klenzendorf, Steffi-Lotta et Juval Dieziger. Leur souhait n’était pas de fonder un nouveau Bar25 mais de garder le même esprit créatif et la pluridisciplinarité des activités organisées : club bien entendu, mais aussi strandbar, théâtre, salle de ciné, restaurant, marché aux puces, concerts, expositions…

Berlin_Club_Kater Holzig_Bar25
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Les ingrédients d’une bonne soirée

Vu le réseau de Djs des gérants, on peut être certain que la programmation électro est de qualité. On a le choix entre trois dancefloors, au rez de chaussée de la vieille fabrique, dans un chalet ou encore à l’intérieur d’une petite cabane où le barman met la musique qui lui plaît et où l’on danse sur les bancs quand il n’y a plus de place au sol.

L’espace extérieur est très apprécié l’été, un peu moins l’hiver. Mais les feux de bois réchauffent les corps si la musique n’est pas suffisante. Une pause s’impose sur les gradins au bord de la Spree, dans le photomaton ou sur l’espèce de solarium en bois qui surplombe la cour.

Vous avez là tous les ingrédients pour passer une excellente soirée/matinée/journée La faune nocturne qui fréquente le lieu est potentiellement excentrique à tendance hype, assez internationale à variable très touristique l’été.

Le problème de ce charmant tableau ? La longue file qui s’étire à l’entrée et la forte probabilité de se faire jeter quand vous serez enfin arrivé devant le visio. Ne venez pas à plus de deux ou trois, privilégiez l’extravagance si vous savez la porter (sinon évitez) et surtout cachez votre accent français Miséricorde ! Venez tôt, sans appareil photo ou alors participez aux animations de journée et début de soirée pour être certain de voir l’intérieur de ce fameux Kater Holzig !

Le Kater Holzig a fermé définitivement ses portes mais le club a déménagé de l’autre coté de la rivière et est devenu le Kater Blau

3. Le Klub der Republik

Vendredi dernier la rumeur m’est enfin parvenue. Un habitué et un serveur du fameux bar et club m’ont annoncé que le Klub der Republik allait bientôt fermer ses portes, certainement début 2012.

A Berlin on a l’habitude de ces endroits qui s’éteignent à cause d’un voisinage devenu trop sage, trop familial et donc allergique aux basses. La rénovation des bâtiments de la rue se rapproche aussi dangereusement. L’immeuble mitoyen aux murs sombres et lugubres aura bientôt droit à son lifting coloré, vers pomme ou rose provençal…

Ce n’est pas que le Klub der Republik (KDR pour les intimes) faisait parti de mon top 5 des clubs berlinois mais c’est l’un des derniers lieux où l’on peut sortir à Prenzlauer Berg, quand on a la flemme de franchir les frontière de son Kiez.

Et moi il me suffisait de traverser la rue pour prendre un verre, m’assoir dans un fauteuil rétro, draguer le barman qui s’est laissé pousser les cheveux et inhaler les fumées de cigarettes.  Car au KDR « MY LUNGS ♥ SMOKING » comme c’est fièrement écrit au dessus du bar. Il y avait aussi une opération spéciale pour les filles. En échange d’une culotte ou d’un soutien gorge, une bouteille de champagne offerte !

Entre les Erasmus et les intellectuels de la soirée lecture du mercredi soir, une doux dingue qui fait fumer les clients avec une cigarette d’un mètre, des DJs pas toujours bons mais qui lancent parfois une musique que tout le monde connaît et sur laquelle chacun peut se déhancher… le tout dans un décor 50-60’s.

C’est d’ailleurs ce qui fit la renommée du Klub der Republik. Il paraît que les propriétaires auraient récupéré le mobilier du feu Palast der Republik. Bien entendu on surfe sur la tendance « ostalgique » mais les grosses lampes rondes et la tapisserie défraichie ont leur charme.

Peut-être qu’il s’agit encore d’une fausse annonce de fermeture et que le KDR s’installera dans un nouveau lieu. Mais dans le doute faites un tour dans ce bar à la grande baie vitrée et accessible par les escaliers en fer d’une cour obscure.

Le Klub der Republik a fermé en février 2012 et a été rasé en juillet de la même année.

Point final ? Non, car deux ans plus tard voilà que le Klub der Republik (KDR pour les intimes) revient sur scène. Il s’est installé dans le local transfo d’une ancienne brasserie, la Willner Braurei, à la frontière entre Prenzlauer Berg et Pankow.

Avant que la brasserie de 4000 m² ne devienne qu’un énième bâtiment privé ses locaux sont loués 5 années minimum à une association chargée de faire vivre le lieu : bar de plage l’été, pizzeria, location de bureaux partagés et d’ateliers d’artistes, cinéma en plein air…
Cette brasserie fut fondée en 1860 par Emil Willner sur les anciens terrains de l’administration fiscale. On y produisait aussi du malt, matière première de la bière. Après la seconde guerre mondiale la malterie cessa sa production .Sous le régime communiste la brasserie continua son activité sous la direction d’un combinat de producteurs de boissons. Les bâtiments annexes étaient utilisés comme garages, ateliers de réparation, bureaux, transformateurs, locaux pour des activités sociales, Biergarten… Il y avait aussi un café établi dans l’ancienne maison des douanes.
En 1991 la brasserie ferma ses portes. Un marché aux puces permanent s’y tint jusqu’en 2012, date à laquelle les lieux furent loués à l’association WBB.
L’été dernier j’avais testé avec enthousiasme le Biergarten, la pizerria et le cinéma en plein air installés dans la brasserie. J’était maintenant curieuse de (re)découvrir le KDR, un nouveau lieu de sortie dans le Prenzlauer Berg endormi. J’y suis allée lors du traditionnel Mittwochsclub, une soirée mythique du mercredi qui réunissait à l’époque une faune internationale et mixait les styles musicaux.
Résultat ? Un peu déçue par la nouvelle ambiance du Mittwochsclub, plus hipster que multiculturelle, et la musique : exit le reggae, les Doors, les tubes 80’s… Bienvenue à la mauvaise (éléctro) minimale non stop.

La déco vintage et les nombreux sièges confortables ont disparu, il n y a plus qu’un unique cabinet de toilette, les sous-tifs accrochés au bar ont été retirés, de même que la grande ardoise indiquant que nos poumons aiment fumer.

Par contre l’air est toujours aussi enfumé, il faut toujours monter un escalier métallique un peu branlant pour accéder au club… et il y a maintenant un baby-foot !!!
De plus il parait que les soirées du week-end au KDR sont d’excellente qualité donc une nouvelle sortie s’impose pour vérifier la rumeur et s’adapter au nouveau caractère du lieu.

Le Klub der Republik a été détruit une seconde fois en octobre 2018.

4. White Trash fast Food

Bien que je passais tous les jours devant, manquant à chaque fois d’écraser un client resté au bord de l’étroit trottoir à moitié recouvert par la piste cyclable de la Schönhauser Allee, je n’avais été qu’une fois manger au White Trash Fast Food, un restaurant célèbre pour ses burgers mais aussi pour ses serveurs au look déjanté et ses concerts dans la cave. Je n’en garde qu’une image floue et le burger ne m’avait pas spécialement laissé de souvenirs impérissables.

Nous ne nous serions certainement jamais recroisés si le WTFF n’avait pas eu l’idée de déménager en même temps que moi. Il faut dire que son loyer mensuel dans la Schönhauser Allee était de 16 660 € (kaltmiete)! Alors que j’arpentais mon nouveau quartier mes pas me menèrent jusqu’au Landwehrkanal puis à l’Arena, là où trône désormais le WTFF qui, en plus d’occuper une immense salle décorée avec le goût qui fait sa renommée, s’enorgueillit maintenant d’un jardin mi jungle mi mad max, mi jardin japonnais, mi forêt hantée. Avec mon ami B., lui aussi sensiblement affamé, nous décidons d’y dîner. Fatale erreur…

Déjà il faut faire un peu la queue à l’entrée puis payer 2€ pour le DJ (la musique, je vous l’accorde, est plutôt sympathique et originale). Puis il y a un dispatch entre ceux qui ont réservé, qui doivent aller à l’intérieur si j’ai bien compris, et ceux qui viennent à l’improviste comme nous. Ceux là peuvent choisir l’intérieur ou l’extérieur. Nous on préfère rester dehors. On attend que l’on vienne nous placer avec d’autres personnes. Mais en fait, au bout de 5 minutes, on nous dit qu’on peut s’asseoir là où on le souhaite. Coup de bol, on trouve une petite table coincée dans un angle et nos voisines ont l’amabilité de se serrer pour que nous puissions entrer dans notre alcôve.

L’attente reprend. Puis, en tendant le cou, je vois au loin une file indienne composée d’ hipsters, de touristes américains et de couple de retraités. De fait, il faut commander soi-même son burger ! Apparemment les serveurs sont réservés à ceux qui ont… réservés et qui mangent à l’intérieur. Du coup je vais prendre ma place dans la queue, laissant le soin à B de garder notre place et nos sacs. Mais vu la vitesse à laquelle les choses se passent, je fais signe à B pour qu’il me rejoigne car je m’ennuie un peu et il faut qu’il choisisse ce qu’il veut dans le menu situé à coté des cuisines qu’il faut aller récupérer sans perdre sa place dans la file tout en jetant des coup d’œil inquiets à nos affaires restées en plan à coté de la table heureusement bien gardée par nos voisines. Les serveuses stressées et chargées de plats de frites tentent de se frayer un passage à travers la foule de personnes qui attend pour passer commande. Les types de devant nous demandent si on a compris quelque chose à l’organisation, on extrapole sur le pourquoi du comment. Puis, à un moment ou à un autre, notre tour vient. Youpi nous voila avec le Saint Graal, un bipper qui sonnera quand notre commande sera prête.

Pauvres innocents que nous sommes, on se réjouit d’avance de remplir nos estomacs gargouillant et on retrouve le sourire, sans se douter que le pire reste à venir. Une demi-heure plus tard ,ceux qui étaient devant nous dans la queue vont chercher leur plat. Au retour ils s’arrêtent à notre table pour nous dire qu’en fait les bippers ne fonctionnent pas !!! Je me précipite en cuisine où nos deux burgers nous attendent sagement, un peu refroidis quand même, mais délicieux.

Bref tout ça pour dire que si vous voulez aller au WTFF, allez-y avant d’avoir faim, tentez de vous faire expliquer le fonctionnement à l’entrée pour ne pas perdre de temps et n’ayez aucune confiance en la technologie qui peut vous trahir à tout moment. Le marathon en vaut peut être la peine : déco décapante, faune sympathique et diverse, burgers délicieux, prix raisonnable et musique qui twiste, mais préférez le midi il parait qu’il y a moins de monde.

Le White Trash fast Food a fermé en décembre 2016. La salle de concert Festsaal Kreuzberg a repris l’emplacement.

5. Morlox

Perdu derrière la Revaler Strasse, le Morlox est un club électro-drum’n’bass d’antan : bon son, capuches, jeunes et moins jeunes, des habitués, des vrais, des berlinois !

Nous entrons sur une sorte de petit terrain vague jardinet où l’on peut jouer au ping pong, étendre son linge ou faire un pique nique. Dans l’obscurité nous parvenons juste à repérer l’entrée du fameux « tunnel », une sorte de bâtiment bas de plafond qui s’étend en longueur mais qui a la largeur d’un bus.

Nous débarquons direct sur le bar où les gentils serveurs nous adressent des grands sourires. On se croirait dans un avion. Sans perdre son équilibre nous glissons à l’avant de l’appareil en traversant une salle d’attente où l’on peut s’exercer au babyfoot. Mais je vous préviens tout de suite, contre les Allemands férus de Kicker vous avez peu de chance de gagner. Tant pis cela reste un bon moyen de faire connaissance.
C’est dans le cockpit que se trouve la musique, la foule sombre et envoûtée par le son, les lumières au mur. Ici pas de paillettes, de lunettes de soleil fluo superflues ou de débardeurs F… me, juste des vrais fans d’électro dans leur plus simple jeans et tee-shirt, voir sweaters à capuches pour les plus frileux.

Et c’est là, au Morlox, que je me souviens de mes premières soirées berlinoises. J. un ami de mes colocataires, plus ou moins DJ, plus ou moins défoncé, nous menait à travers les rues obscures de la ville vers une soirée de sa connaissance. Nous n’étions jamais certain que nous allions vraiment déboucher quelque part. Et c’était effectivement au milieu de ce nulle part, dans ces couloirs sans fin et faiblement éclairés, que se passèrent les meilleures fêtes de mes souvenirs.

Quand fourbus par la danse entêtante nous décidons de partir le jour nous a déjà précédé. C’est là que nous nous rendons compte qu’il y a un deuxième tunnel en face ! Derrière un rideau rouge une autre configuration mais un même esprit musical. Mais nos mâchoires se décrochent de fatigue. Tant pis nous reviendrons !

Le Morlox a fermé ses portes le 30 septembre 2013 car son bail n’a pas renouvelé. A la place ont été construits des immeubles d’habitation.

6. Labyrinthe Peristal Singum

Au 1 de la rue Markgrafendamm, si vous entrez dans le salon Zur Wilden Renate, vous trouverez le labyrinthe Peristal Singum. Une jeune femme vous propose d’y entrer. Moyennant 10 euros elle vous tend un ticket et une pièce. Assis dans un fauteuil de velours vert, vous attendez votre tour.

Un par un les candidats disparaissent dans l’obscurité, au fond d’une salle. Il faut tenter l’expérience seul, se mesurer au dédale obscure et inquiétant. Ne buvez pas d’alcool avant d’entrer, il faut garder toutes ses facultés. Enfin votre tour vient. La femme vous mène par la main, la pièce dans votre paume. Elle pousse une grande porte derrière laquelle se trouve ce qui semble être un mur. Vous êtes seul. Il y a une fente dans laquelle vous insérez la pièce restée dans votre main. Poussez et le mur s’ouvre…

Rouge, noire, verte…Cris, craquement, crépitement…peintures, sculptures, objets dans des vitrines…échelles, toboggans, cordes…debout, à genoux, sur la pointe des pieds… vous vous frayez un chemin.

Soudain une main et un visage. Non ce n’est pas le Minotaure mais un autre égaré, qui comme vous cherche la sortie. Au début angoissant, votre voyage devient de plus en plus ludique à mesure que vous progressez dans les salles au décor artistique.

Prenez le temps de découvrir et de vous amusez. Avec un peu de chance vous ne trouverez pas l’issue…

Le labyrinthe a disparu en 2014 mais le club Zur Wilden Renate existe toujours. Durant la crise du Coronavirus, il s’est transformé en espace d’exposition immersif que j’ai pu visiter. J’y ai un peu retrouvé l’esprit et la créativité du labyrinthe.

7. Bunker hanté

Déjà qu’un bunker à l’état brut c’est effrayant – on s’imagine l’effroi ressenti par ses occupants quand les bombes s’écrasaient autour des larges murs gris et froids, la promiscuité et l’entassement dans l’espace saturé, les longues heures et journées passées dans l’obscurité sans savoir quand les lourdes portes se rouvriraient sur l’extérieur – mais alors transformé en maison hantée…

Le Gruselkabinett

L’ancien Bunker de la Schöneberger Straße qui servait d’abri aux voyageurs de la toute proche Anhalter Bahnhof a pris le nom de Gruselkabinett et accueille aujourd’hui les visiteurs curieux et en quête d’émotions fortes sur trois de ses étages.

Tout en haut c’est une sorte de maison hantée plus vraie que nature. Je ne vous en dit pas plus mais je vous conseille juste d’y aller en petit groupe car seul(e) ou à deux vous risquez de faire une crise de panique voir cardiaque.

La médecine au Moyen-Age

Le deuxième étage est dédié à la médecine au Moyen-Age et autres époques plus ou moins sombres où, par exemple, l’on se faisait transférer du sang de brebis dans les veines… L’exposition est constituée de courts textes et de de décors bien glauques qui rappellent l’étage précédent.

En sous-sol sont regroupés de nombreux documents et objets plus ou moins intéressants. Il y a des plans du bunker, les témoignages écrits de personnes qui y ont vécu jusqu’à 6 jours, des dessins, des textes, des produits cosmétiques oubliés… Il y a quand même une pièce particulièrement intéressante qui traite des autres bunkers de Berlin, notamment celui d’Hitler. Je n’avais jamais réussi à avoir des informations sur ce fameux bunker dans lequel il s’est suicidé, son emplacement, s’il existait toujours etc.
Si vous descendez encore plus profondément vous découvrirez une petite pièce sombre où des enregistrements sonores de bombardements nous font imaginer ce que pouvez vivre les gens terrés pendant la guerre.

Depuis fin 2016, les animations ont été remplacées par une exposition sur Hitler

8. Rummels Bucht

Le club Rummels Bucht à Berlin

C’est le bar open air où tu invites tes amis les soirs d’été, et c’est le bar où seuls les amis qui vivent dans le même quartier que toi – aka Ostkreuz ou Rummelsburg – viendront. En effet le Rummels Bucht est un bar éloigné de la civilisation, (10-15 minutes à pied de Ostkreuz), au milieu des fourrés, sur la rive du Rummelssee.

Le Rummels Bucht est telle une cabane bricolée au fil des années par une bande d’amis. Derrière la palissade en bois, des canapés et des fauteuils disposés ça et là, un bar, une table de ping pong, un stand de pizzas cuites au four, un mini bateau dans lequel on peut s’asseoir, des grandes tables de Biergarten, des toilettes mixtes sur une estrade et quelque part dans tout ça, il doit y avoir une porte qui mène vers le club, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de la chercher. J’y suis allée plusieurs fois cet été, et chacune des expériences s’avéra très différente, il faut donc bien choisir votre moment.

Un mardi vers 17h. Il n y a pas grand monde, on se pose à la meilleure place, c’est à dire sur un espace surélevé qui permet d’admirer le lac, ses petites maisons flottantes et d’observer les passants en vélo et en poussette qui longent les bords de l’eau. On passe sa commande au bar et on repart s’asseoir avec sa bière. Derrière nous des mamans fument des substances herbeuses tout en berçant leur bébé. De fait le Rummels Bucht est très familial, on a l’impression que tout le monde se connaît. Peut être d’anciens hippies de Prenzlauer berg qui ont immigré à Friedrichshain pour échapper à la boboisation grimpante de leur quartier d’origine ?

Un mercredi vers 19h. Les mercredis il y a des concerts. L’entrée est payante, vous donnez ce que vous voulez entre 5 et 7 euros. Nous donnons 6 et entrons pour découvrir un véritable village derrière la palissade en bois. Il semble que le concert attire les foules, à moins que ce soit lié aux températures élevées et inhabituelles qui caractérisent ce mercredi soir ? Nous réussissons à trouver une petite place en attendant nos amis et surveillons les alentours au cas où une table se libérerait. Nous décidons aussi de commander une pizza. Le cuistot me prévient que ça va prendre un peu de temps, une bonne demi-heure au moins. Quand nos copains débarquent, le petit bateau en bois se libère. Nous nous y précipitons. Le concert a débuté mais on ne voit rien, on n’entend rien. La soirée sera alors ponctuée d’allers retours au stand de pizzas, pour demander combien de temps on doit encore attendre, pour vérifier à quel numéro on en est, pour assister à la colère et au désespoir des clients affamés. Nous mettrons enfin un morceau de pizza dans nos bouches vers 21h30…

Un jeudi vers 19h. Le Rummels Bucht a retrouvé sa quiétude du mardi. Je profite de l’absence de queue devant le stand de pizzas pour en commander une. Elle est prête en 10 minutes. Je peux la déguster avec mes amis dans un petit coin calme. Le bar se remplit peu à peu, on n’entend parler qu’allemand et un thème récurrent : profitons de cette soirée, c’est la dernière de l’été.

Le Rummels Bucht a fermé en septembre 2020.

9. Musée de l'érotisme

Il se situe au-dessus d’un sex shop. J’attends mon amie F. qui a accepté de m’accompagner pour cette visite mais comme d’habitude je suis arrivée en avance. Et comme il fait frisquet dehors, je l’attends à l’intérieur, dans le sex shop donc. Bon il y a de quoi s’occuper ! En parcourant les rayonnages mais aussi en observant la vie de la boutique. Un groupe de jeunes Français, 1 mec et 4 nanas, rigolent devant la porte. Le garçon rentre, fier comme un coq, pour impressionner les donzelles. Il trouve vit un article intéressant – un kit sado maso- et fait signe aux filles de rentrer. Elles arrivent en gloussant. Evidemment tout ce poulailler attire l’attention des caissières. L’une d’elle leur demande leur carte d’identité qui indique une date de naissance trop récente pour qu’ils puissent rester dans le magasin. Ils partent tête basse vers la sortie.

Une fois F. arrivée nous prenons les escalators qui mènent au musée. Le ticket est de 9 € par personne ou 16 € par couple. On prend cette dernière option. Heureusement la caissière ne nous demande pas de prouver la nature de nos relations. Il faut ensuite prendre un ascenseur, le gauche car le droit ne fonctionne pas, qui nous emmène au troisième ciel, euh étage.

Un étage dédié à Beate Uhse, la fondatrice de ce musée. Une femme incroyable, l’une des premières pilotes de son époque. Elle passe son brevet de pilote à 17 ans, travaille comme cascadeuse, entre dans l’armée en 1943, et au moment de la débâcle sauve sa fille, la nourrice et deux soldats blessés dans un avion en maintenance qu’elle rafistole avec les moyens du bord.
Après la guerre elle ne peut plus voler. Elle se reconvertit et commence à vendre des livrets sur la contraception puis des sex toys. Vu qu’il n y a plus beaucoup d’hommes vaillants à cette époque le succès auprès des femmes est immédiat. Elle ouvre en 1962 le premier sex shop du monde et continue son ascension dans le business du sex. Elle sera évidemment très critiquée mais est aujourd’hui reconnue comme l’une des pionnières de la révolution sexuelle et des changements de mœurs à ce sujet.

Intéressant mais on en attendait un peu plus de la part d’un musée de l’érotisme. Ah en fait il se trouve au deuxième étage, juste en dessous. Là c’est lumière tamisée et musique lancinante, un peu kitsch quand même. Il y a une grande collection de dessins, peintures et sculptures érotiques, principalement du 19 et 20ème siècle. On passe notamment devant une reconstitution d’un dessin de l’artiste allemand Heinrich Zille, une série de dessins nommée « voyeurs », des œuvres japonaises où il est difficile de distinguer quel est le bras de qui tant les corps sont enchevêtrés, des sculptures aux organes démesurées de Papouasie…

Une belle collection internationale mais un peu décevante quand même. En fait, le highlight de la visite c’est quand vous vous rendez dans les toilettes… je ne vous en dis pas plus ! La visite se termine là où elle a commencé, dans le sex shop de Beate. En prime on a 10% de réduction grâce au ticket du musée !

Le musée a été rasé en 2014 pour laisser la place à de nouveaux édifices.

10. Musée Story of Berlin

Le musée The Story Of Berlin

J’avais passé 5 heures dans ce musée sur l’histoire de Berlin aujourd’hui fermé. Et encore, je n’avais pas tout à fait eu le temps de voir la partie sur le mur et sa chute. Mais je dois avouer que je suis un peu une geek de Berlin et que j’ai passé de longs moments dans chaque salle présentant l’histoire de la ville, de ses origines jusqu’aux années 20. C’est ce qui me semblait le plus intéressant car je connaissais mal cette partie de l’histoire berlinoise, contrairement à tout ce qui a trait à la montée du nazisme, la seconde guerre mondiale, le mur…

Les salles sont assez riches en documentations, explications, textes, reconstitutions, objets d’époque, maquettes… Le but du musée est d’être accessible au plus grand public, les enfants, les touristes, les Berlinois, les anglophones… La présentation est donc assez ludique et bilingue, allemand et anglais. Au premier étage il y a une frise qui défile avec l’histoire de Berlin de même qu’une vidéo de présentation. Je n’ai pas trouvé ces supports censés résumer l’histoire de Berlin très intéressants (mais bon, synthétiser 800 ans d’histoire, c’est un exercice difficile). Je vous conseille de commencer tout de suite à découvrir les salles thématiques ou périodiques qui se suivent de manière chronologiques : la fondation de la ville, les religions, les militaires, les révolutions, l’architecture, l’ère industrielle, le développement urbain, la république de Weimar, le IIIème Reich, l’après-guerre, la division de la ville, la chute du mur…

J’ai enfin pu remettre mes idées en ordre quant à la succession des rois de Prusse, leur politique, leur influence sur Berlin, les guerres menées… Le thème de la population ouvrière berlinoise est mis en lumière. On se rend compte des conditions de vie de ces travailleurs venus en masse dans la capitale pour y travailler 6 jours sur 7. La première guerre mondiale est rapidement abordée même si ses conséquences se sont fait sentir jusqu’à Berlin, presque privée de nourriture. L’une de mes parties favorites du musée est celle dédiée à l’entre deux guerre : le cinéma allemand (on peut voir des extraits de plusieurs classiques), l’émancipation des femmes, l’art, le développement des transports et des infrastructures que l’on connait encore aujourd’hui, la BVG par exemple !

Puis c’est le début de la tourmente nazie. On descend les escaliers et l’on s’enfonce dans une Allemagne de moins en moins démocratique, de plus en plus fasciste. Des portraits de résistants, de nazis, de juifs et de politiques persécutés accompagnent notre descente… On atteint le sous sol et l’on passe devant ses années noires qui suivent l’arrivée au pouvoir d’Hitler jusqu’à la guerre. Celle-ci est traitée de manière assez synthétique. L’exposition s’attarde plus sur les conséquences de la guerre : Berlin en ruine, les femmes qui nettoient la ville de ses débris, la crise économique… Puis c’est la séparation de la ville en deux par le Mur. Il y a pas mal de comparaisons visuelles entre Berlin Est et Berlin Ouest via des mises en scène. Je ne peux pas vous détailler plus cette dernière partie vu que j’ai dû la parcourir rapidement avant la fermeture du musée. Mais elle est assez développée et s’étend sur un étage entier.

Ne manquez pas non plus la visite du bunker antiatomique. Il s’agit d’une visite guidée d’une vingtaine de minutes à faire avant ou après la découverte du musée. Sous le centre commercial qui abrite Story of Berlin se trouve un abri antiatomique construit dans les années 70 , jamais utilisé mais toujours susceptible de l’être ! On comprend vite en écoutant la guide que si pareille catastrophe survenait, le bunker ne serait que d’une aide relative. Il ne pourrait héberger que 3 600 personnes qui pourrait y survivre 2 semaines. Aucune réelle organisation n’existe à l’intérieur du bunker (qui ferait à manger ? qui répartirait les rations ? qui ferait la loi ?…) et il faudrait de toute façon 2 semaines pour préparer le bâtiment pour l’accueil de la population. Reste que cette visite au milieu de centaines de couchettes est impressionnante. On se dit qu’il y eut une époque où la menace d’une guerre atomique était si importante que l’on a pu créer de tels lieux… totalement inefficaces finalement !

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