Mes soirées insolites à Berlin
Crédit photo: Leila Garfield

La vie culturelle et artistique de la capitale allemande est pleine de surprises, d’innovation et d’extravagance. Si je me suis assagie ces derniers temps, je me souviens avec bonheur de mes premières années à Berlin qui furent riches en sorties culturelles. Spectacles dans des lieux insolites, bar clandestin, soirées arty, aventures nocturnes… Petit retour dans le passé !

Un opéra au Bode Museum

Plutôt que d’investir dans un décor antique, Christoph Hagel, le metteur en scène de l’opéra Titus a choisi de l’installer dans un musée d’art antique, le Bode Museum.

Situé sur l’île des musées, le Bode Museum a réouvert ses portes en 2006 après 7 ans de travaux et abrite une collection d’art byzantin, des sculptures et le cabinet des médailles.

Le spectacle commence dès le hall d’accueil à la grande surprise des spectateurs qui attendent que les portes de la salle de spectacle s’ouvrent : La lumière s’éteint, des projections apparaissent sous la coupole, la biographie de Titus défile sur les murs et l’orchestre commence à jouer.

Puis nous partons à l’aventure dans le musée, parcourons un couloir de sculptures et arrivons dans la salle de spectacle : un podium, trois rangées de chaises de chaque coté et un palmier pour compléter le décor.

Des enfants dansent, courent et se jettent des couronnes de laurier, des acteurs se battent dans leurs désirs et se morfondent dans la tragédie. Leurs états d’âme sont exprimés par une seconde incarnation, les chanteurs d’opéra. Un danseur, dont on peut voir chaque parcelle de muscle grâce à notre proximité avec la scène, nous entraîne dans son monde gracieux et turbulent. Complété par des projections sur les murs, le Titus de Christoph Hagel rassemble les arts.

Des mises en scène fantastiques dans un musée, j’en redemande.

Opera au Bode Museum

Dîners alphabétiques

A comme amuses
B comme black
C comme chance
D comme dede
E comme élections
F comme futur
G comme gestern
H comme Victor Hugo
I comme Inventaire

Sortis de l’imagination de deux cuisiniers français installés à Berlin, Françoise Desbois et Pierre Lejeune, les dîners alphabétiques existent depuis mars 2012 . Les repas thématiques sont régulièrement organisés autour de la lettre du moment et transportent la vingtaine de convives dans un festin tel qu’on en trouve rarement à Berlin. Car on ne va pas se mentir, difficile de faire vibrer ses papilles dans la capitale allemande… Ici les plats originaux nous font découvrir des aliments et des saveurs inconnus : Calamar fourré au risotto noir et girolles, filled with black Risotto, Girolles ; soupe de banane et amandes avec un zeste de citron ; Brie de Meaux, Nori et Truffe…

Autour d’une grande table on fait connaissance avec ses voisins et l’on parle toutes les langues. Le repas est animé par les conversations des convives mais aussi par des histoires et des jeux autour du thème de la soirée. Ainsi lors du repas C on tirait au sort son menu (rouge ou noir) et celui qui avait le ticket en or ne payait pas son repas ! Pour le dîner E l’élection du meilleur plat fut organisée. Quant au repas Victor Hugo il fut égayé par une lecture et des histoires sur les personnages de Victor Hugo représentés par un plat.

Jeudi 23 août 2012 c’est la lettre I. I comme Inventaire car c’est la dernière fois que le dîner sera servi au 13 de la Lausitzerstrasse. Les prochains repas auront lieu à d’autres adresses encore tenues secrètes… Au menu de cet inventaire, une sauterie dînatoire avec un best-of des plats servis de A à H, un prix spécial de 12 euros (boissons non incluses), un nombre illimité de places, une ambiance informelle et la possibilité de discuter avec les cuistots arrachés à leur cuisine !

berlin_diner alphabétique
Crédit photo : Tomte

Dimanche soir dans un bar clandestin

Les bars illégaux étaient légions dans le Berlin des années 80, en particulier dans le quartier de Mitte. Aujourd’hui il y en a beaucoup moins. Mais avec beaucoup de chance on peut en entendre parler et se voir confier l’adresse d’un bar clandestin.

L’ami d’un ami à un ami nous a emmené dans l’un d’eux.

Dans le quartier de Rosa Luxemburg Platz, une rue, un porche, un numéro et un panneau d’entrée. On sonne à l’un des noms, la porte est déverrouillée. On pénètre dans une cour sombre et l’on se dirige vers une entrée à gauche. Au deuxième étage la porte de gauche est entrouverte, un rai de lumière et de musique filtre.

On entre dans un petit appartement, cuisine, toilettes et surtout une salle de 20 mètre carré dans lequel trône le bar clandestin. Tous les dimanche à 19h il y a un concert, plutôt de la musique « expérimentale » qu’elle soit produite avec des ordinateurs ou des trompettes.

Une petite douzaine de personnes est assise sur des chaises ou par-terre. Le bouche à oreille est le maître mot pour qui veut venir.

Le décor est digne d’un squat d’artistes : abat-jour réalisé avec des gobelets en plastique, figurines peintes, fausse coupole en plastique et sculptures sortant des murs.

Ce bar sans nom existe depuis 6 ans mais c’est bien la seule information que me donne le tenancier. Il me dit que l’histoire de ce lieu est propre à chacun, à nous d’imaginer l’histoire qui nous plaît. D’après le secret barman, Napoléon se serait réfugié ici et aurait constitué un ménage à trois avec deux femmes… Les français sont vraiment partout à Berlin !

PS : Désolée pour la qualité de la photo, mon appareil n’avait évidemment plus de batterie. Tant pis elle reflète l’ambiance musicale et alambiquée de ce bar secret.

Trouver un bar clandestin à Berlin

Une journée de 28 heures

J’habite dans une rue formidable peuplée de bars, de restaurants, de bébés à vélo, de touristes français, du Klub der Republik (nous en reparlerons) et d’une Ballhaus (salle de bal) qui est ma voisine directe.

La « Ballhaus Ost » étant officiellement fermée pendant l’été j’attendais avec impatience la rentrée pour profiter des spectacles qui y seraient donnés. Pourtant jeudi dernier il y avait de l’animation : des vigiles, des barrières, de jolies femmes, des fumeurs à l’extérieur et de la musique à l’intérieur. J’étais curieuse de savoir ce qui s’y passait mais… pas invitée.

Assise sur le large rebord de ma fenêtre j’observais. Jusqu’à ce que je voie l’un des invités me faire signe de la main. Il me dit de descendre et de venir profiter de la fête. Oui, être une femme est parfois utile.

Un coup de rouge à lèvre plus tard, j’étais devant l’entrée. Mon hôte est allé à l’intérieur pour récupérer un nom sur la liste des invités. Après avoir parfaitement déclamé au vigile mon nouveau prénom allemand avec mon accent français, j’ai pu franchir le seuil de la Ballhaus Ost.

Au bout d’un long couloir obscure j’arrive dans une pièce immense, la salle de bal évidemment. L’ambiance est survoltée, le bar est ouvert, la musique électro, les filles sont des mannequins, les hommes des metteurs en scène. Enfin j’exagère peut être un peu, mais cette fête était une soirée de récompense (pour quoi ou pour qui, je n’ai pas compris) et il y avait du beau monde.

Le leitmotiv de la soirée : « Der Tag hat 28 Stunden » (*la journée dure 28 heures). Voilà qui me correspondait bien, moi qui pensait que ma journée se terminerait à minuit.

soirée Ballhaus Ost Berlin

Passer à la télé

Grâce aux bons plans d’un de mes collègues, j’ai pu assister deux soirs de suite au tournage de deux émissions d’ARTE lounge, « Arte Lounge ». Il suffit d’envoyer un mail (arte-lounge@studio-tv-film.de) et vous pouvez entrer gratuitement.

L’objectif de l’émission ARTE lounge est de se faire rencontrer des artistes de style et de nationalités différents. Ainsi les musiciens de piano croisent ceux de mandoline, des acteurs comiques nous font rire sans parler, les rappeurs succèdent aux chanteuses lyriques… Quels que soient vos goûts, vous trouverez forcément votre bonheur pendant la soirée et découvrirez des arts inconnus. A la fin de l’émission, les différents artistes se retrouvent et nous offrent un morceau de musique unique et original. 

L’ambiance est très détendue, beaucoup plus que le tournage des émissions en France. Il est facile d’approcher les artistes. C’est le bon endroit pour avoir un autographe de ZAZ ou Féfé (ex membre du Saïan Supa Crew). En plus c’était le club Maria am Ostbahnof qui accueillait les caméras de l’émission, l’occasion de (re)découvrir cette salle version lounge !

Affiche de l emission Arte Lounge

Une comédie musicale au Berliner Ensemble

Grâce au magazine culturel francophone et berlinois, Berlin Poche, j’ai gagné deux places pour une comédie musicale Inselkomödie. Je ne cessai de croiser l’affiche provocante de cette pièce et j’étais vraiment intriguée de savoir ce qui se cachait derrière.

Cerise sur le gâteau, la représentation se faisait au Berliner Ensemble, le théâtre fondé par Bertolt Brecht. L’intérieur du bâtiment est ravissant, la salle relativement petite et ce qui sert de rideau pour cacher la scène ressemble à une grande porte de garage.

Après avoir retiré mes places au guichet VIP (merci Berlin Poche !), je me suis intéressée aux différents articles de presse accrochés au mur. La star de la pièce est Johannes Heesters, 106 ans et aveugle, le plus vieil acteur du monde ! Les autres personnalités sont Caroline Beil, actrice et présentatrice, et Florian Fries le jeune composteur de la pièce.

L’histoire ? Des femmes grecques s’opposent à l’installation d’une base militaire sur leur île et font pression en entamant une grève du sexe, au grand dam de leur mari.

Heureusement que j’avais lu le résumé car, comme je m’y attendais, je n’ai pas tout compris. Mais cela ne m’a pas empêché passer un très bon moment et de beaucoup rire.

Les scènes sont plutôt enlevées et les habits aussi ! Au bout de 10 minutes, voilà une paire de fesses masculines nues. Puis c’est un tourbillon de jambes, de nuisettes, de dentelles, de slips kangourous, de torses poilus… Rassurez-vous, rien de porno ! Juste des femmes aguicheuses et des hommes décontenancés (et déconfits) par leur résolution de fer.

Le théâtre Berliner Ensemble à Berlin

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