Archéologues amateurs en Pologne

Photographies personnelles

Mon ami Alexander, berlinois avec des origines polonaises et passionné d’histoire, m’avait proposé d’aller visiter une ville qui lui est chère. C’est donc par le premier vrai beau dimanche de printemps que nous nous sommes rendus à Küstrin. Petite ville polonaise située à la frontière allemande, à seulement 80 km de Berlin, Küstrin (en allemand) est parfois appelée «le pompéi allemand» car on y trouve les ruines d’une ville prussienne du 18ème siècle détruite à 90% pendant les violents affrontements entre Pologne et Allemagne à la suite de la Seconde Guerre Mondiale, chaque pays estimant que la ville lui revenait.

Nous nous y sommes rendus par le train et il faut traverser la ville moderne de Kostrzyn (en polonais) pour se rendre sur le site. Puisqu’il s’agit d’une ville frontalière, la plupart des commerces et boutiques font l’apologie des produits polonais à bas prix que les allemands peuvent venir se procurer moins chers que dans leur pays: essence, tabac et alcool notamment.

L’ironie du sort est qu’après s’être disputé la ville aujourd’hui polonaise, aucun des deux pays ne semble s’en préoccuper grandement, et si le site est accessible il n’est guère entretenu. Chacun est libre de se balader au milieu des décombres, de fouiller dans l’amas de plantes et de pierres émiettées, et de jouer à l’apprenti archéologue: un bout d’assiette par ici, un morceau de tasse par là, et c’est parti pour une partie de puzzle sans fin!

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Le site révèle la présence d’une ancienne église et d’un ancien petit château, dont subsistent les fondations et le bas des murs d’enceintes, parfois quelques marches d’un escalier. Sont également accessibles, mais à ses risques et périls, des petits souterrains ou catacombes sous le château. Le sol menaçant de s’effondrer par endroits, nous n’avons pas voulu jouer les aventuriers souterrains, mais des enfants polonais y jouaient dans le danger le plus total, et sous l’œil bienveillant de leurs parents.

Près de la Berliner Tor, la porte de Berlin, se trouve un petit musée qui explique l’histoire du lieu et présente un plan de la ville ancienne, que l’ont peut comparer aux rues et ruines présentes pour se figurer ce que pouvaient être les bâtiments dont il ne reste que quelques pierres.

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De récents aménagements ont tout de même été mis en place, notamment une promenade très (trop?) propre qui s’ajoute au-dessus des anciennes fortifications. L’endroit et la vue sont très agréables, puisqu’à côté de la petite ville se rejoignent l’Oder et la Varta pour former la frontière physique naturelle entre la Pologne et l’Allemagne. Cette omniprésence aquatique garantit une nature assez sauvage à perte de vue, et il est donc fort agréable de s’asseoir au bord de la forteresse pour observer les vols de cygnes au loin par exemple. Dépaysement assuré à seulement une heure de train de la gare berlinoise de Lichtenberg!

Kuestrin4Enfin, une plaque commémorative située au cœur des décombres, rend hommage à un bien sinistre événement. En effet, c’est là que fut exécute le jeune Hans Hermann von Katte, à seulement 26 ans. Frédéric II de Prusse, fils héritier de la couronne du tyrannique Frédéric-Guillaume Ier de Prusse, s’intéresse bien plus aux arts et lettres que son belliqueux paternel, et va même jusqu’à apprendre le latin en cachette. Il se passionne pour le mouvement des Lumières, tout à fait en vogue à son époque. Il sera notamment proche de Voltaire et l’on dira de lui plus tard qu’il était un «despote éclairé». Ne supportant plus la violence et les quotidiennes humiliations de son père qui aux livres préfère le glaive, Frédéric II projette de s’enfuir en douce en Angleterre, avec Hans Hermann von Katte, les deux hommes entretenant une relation qui peut-être était plus que de la simple amitié. Hélas, le plan échoue, et le tyrannique Frédéric Ier demande l’exécution d’Hans.

Comble de l’horreur, il exige de son fils que celui-ci assiste à la décapitation de son ami en direct. La plaque commémorative représente cet terrible moment, avec cette illustration.

Photo: source

Nous repartîmes depuis la deuxième gare de Küstrin, situé du côté allemand. Traverser la frontière à pied consiste donc à prendre un pont, et c’est tout. Cette partie de Küstrin est beaucoup moins sympathique mais typique des petites villes de l’ex-Allemagne de l’Est: un axe pour le train, une seule rue parallèle aux voies, et des maisons alignées de l’autre côté, construite dans une architecture basique et pas très joyeuse. A noter, juste après la frontière, la présence d’anciennes casernes militaires désaffectées, bienvenue en Allemagne de l’Est!

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