Soirée secrète au Heideglühne

Crédit photo: Magali F. Fouquet

C’est notre ami R. qui nous a proposé d’aller au Heideglühne un samedi après-midi. J’avais vaguement entendu parler de ce club mais aucune de mes connaissances ne s’y étais jamais rendue. J’étais ravie de découvrir un nouveau lieu. Avec l’âge, je ne sors plus beaucoup et j’ai tendance à aller danser toujours aux mêmes endroits, en journée de préférence, en open air si possible.

La « soirée » du Heideglühne réunissait tous ces critères puisque elle se déroulait en plein air, débutait un samedi matin à 10h , et par chance, c’était l’une des rares journées ensoleillées de l’été 2017.

R. nous prévint qu’il fallait mettre au placard nos habits sombres et investir dans la couleur. Je ne suis pas spécialement adepte des vêtements noirs mais avec les conditions de plus en plus drastiques pour entrer dans les clubs, il semble que les tenues Total Black soient le meilleur moyen pour ne pas se faire jeter (bien que ce ne soit pas une garantie non plus). Ou alors il faut avoir un look très stylé, or la mode ne m’a jamais passionnée. Je suis plutôt passe partout et je m’adapte aux circonstances. En fouillant dans mon placard, je dus me rendre à l’évidence, rien de très exotique n’en ressortait. Tant pis, je n’allais quand même pas me mettre des paillettes sur le visage, un short et un top coloré feraient l’affaire.

En faisant quelques recherches, il apparut qu’au Heideglühne aussi la sélection à l’entrée pouvait être sévère. Après avoir été à la une des webmagazines branchés berlinois, le club avait demandé à ce qu’on n’indique pas son adresse afin de rester confidentiel. Et comme la boite a dû déménager, les coordonnées du nouveau lieu sont restées secrètes et ses traces postales ont presque disparu du net. De même, l’annonce des soirées (environ une fois par mois) reste relativement peu diffusée.

Un samedi, un réveil matinal, un tour bobo du marché pour faire les provisions de la semaine, et à midi nous sommes au lieu dit. R. nous a précisé que c’était l’horaire limite, après il y aurait trop de monde et une queue trop longue.
Un S-Bah, un pont, des voies rapides et des canaux, des industries, et au milieu le Heideglühne. De fait, il y a déjà une petite file devant l’entrée en bois. Le physio est l’antithèse de celui du Berghain. Il a un haut-de-forme rose, un costume improbable et arbore presque un sourire.
Dans la queue, beaucoup de paillettes, un public assez jeune, des chapeaux incroyables, un chien, un tutu et des chemisettes à imprimé ananas. Je commence à me dire que j’aurai dû faire preuve de plus de fantaisie…

Au bout d’une petite demi heure, nous sommes face aux gardiens des lieux qui nous laissent entrer. Le club est principalement open air mais il y a une construction en bois qui entoure une structure métallique surmontée d’une verrière. C’est là que se trouve la piste de danse principale. Du coup, même si les températures ne sont pas très élevées, il fait bien chaud sous la voute en verre. Il y a un étage étroit qui fait le tour de ce patio festif. De là haut on peut chercher celui qui à la meilleure tenue, ou retrouver ses amis quand on les a perdus.

La musique est sympa, le public aussi. Il y a encore de la place pour danser mais ce ne sera plus le cas au bout d’une heure. On fera alors une pause dans le jardin où un ancien confessionnal a été transformé en mini bar. Il y a aussi un Imbiss qui sert de très bonnes soupes, des gâteaux fait maison et des frites. Un DJ officie dehors mais la musique n’est malheureusement pas assez forte pour danser. Les canapés suspendus dans les arbres sont parfaits pour faire connaissance et discuter avec les personnes rencontrées pendant la soirée.

Seul bémol, les toilettes… comme dans presque tous les clubs berlinois ils sont en nombre bien insuffisants et on a parfois l’impression d’y passer la moitié de la fête. Enfin, c’est aussi un lieu de rencontre puisque discuter dans la file d’attente permet de faire passer le temps plus vite.

D’ailleurs certains sont des pros de l’attente. Un ami de R. nous raconte qu’il est arrivé à 18h. Il a réussi à s’incruster dans la queue et a discuté avec une personne qui attendait depuis… 4 heures… et qui s’est fait refoulée !!!
Je croise un ancien collègue qui semble être un habitué. Lui est arrivé à 10h pour avoir le tampon. Muni du précieux sésame il est reparti à midi et est revenu plus tard dans l’après-midi sans avoir à faire la queue.

Nous avons eu de la chance d’être entré si facilement et rapidement. Vers minuit il est l’heure pour nous d’abandonner ce lieu digne d’un conte de fées déjantées. Nous sortons du château et retrouvons notre chemin au milieu de la forêt de bitume. On y rencontre une Française perdue que nous proposons d’escorter jusqu’à la gare, mais celle-ci doit être la victime d’un mauvais sort. Ce qui la rend peu avenante : elle nous réclame une bière et nous laisse en plan quand nous croisons d’autres personnes qu’elle poursuit de sa requête. Son vœu de bière ne sera pas exaucé et elle repassera devant nous, la tête haute et boudeuse, enveloppée dans son long manteau d’arrogance.

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